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Le 16 décembre, il n'y aura qu'un film à l'affiche

Ces gens qui réservent pour Star Wars VII: qui sont-ils ? Quelles sont leurs raisons?

Dossier | Par Camille Brunel | Le 22 October 2015 à 11h00

Nous sommes le 19 octobre 2015, quelques heures avant la mise en ligne de l'ultime bande-annonce du prochain Star Wars, et déjà les places de cinéma pour cet Episode VII sont ouvertes à la réservation, en Amérique et en Europe. Quasiment deux mois avant la sortie du film. Ce n’est plus une salle de cinéma qu’on essaie de remplir, c’est une salle de concert, des centaines, des milliers de salles de concerts. Evidemment, les places sont parties vite, au sens où, selon diverses sources, « plusieurs sites de réservations, pris d’assaut, ont planté au bout de dix minutes ». Alors le Vulcain en nous, qui regarde Star Wars avec le sourcil encore plus levé qu'à l'habitude, ne peut s’empêcher de se demander quelle mouche galactique a piqué les Terriens : à quoi bon tant d’empressement ?! Le film ne risque pas de s’envoler. Si ?

Les avant-premières sont incroyablement nombreuses, partout sur Terre. Peut-être même à bord de la Station Spatiale Internationale aussi. Tout le monde devrait avoir sa place assise pour la croisière hollywoodienne la plus attendue de l’histoire. Pourtant, la ruée vers les lettres d’or a bien eu lieu. A Paris, le Grand Rex a vendu 30 000 places pour Star Wars VII. En 24 heures. On a beau prendre en compte les comités d’entreprises qui ont privatisé des séances, ça reste énorme. Vraiment énorme. Pour bien se rendre compte, il faut savoir que la salle du Grand Rex - la plus grande d’Europe - contient 2700 places.

22 séances en 24 heures, de 10h à 3h30

Et les séances complètes sont innombrables, au point que sur la page Facebook de l’event, le cinéma a plutôt tendance à signaler les séances qui ne sont pas complètes ; c'est plus facile. Au soir du 20 octobre, sur la première semaine, il n’en restait plus que quatre. Même les séances en VO calées en pleine nuit et en pleine semaine à 3h30 du matin ont été remplies en moins d’une journée.

Vous avez bien vu : sur les 24 premières heures seulement, on compte d’ores et déjà 22 séances du film, toutes salles comprises et tous formats disponibles (2D en VF, 2D en VO, 3D en VF, 3D en VO), de la plus petite salle à l’écran du Grand Large, de 10h du matin à 3h30 le lendemain matin, tous les jours. En théorie, les séances nocturnes ne devraient concerner que la première semaine d’exploitation, mais combien pariez-vous qu’on aura l’occasion d’aller regarder Star Wars en pleine nuit jusqu’en janvier ? Le record de pré-vente de tickets sur le site américain Fandango a déjà été explosé : huit fois plus de places ont été réservées pour Star Wars VII en 24h que pour Hunger Games 2, le tenant du record sur la même période. Autrement dit, The Dark Knight Rises, Avengers, Hunger Games 2, avaient tous généré plus ou moins un million de dollars en pré-vente, en une journée. Star Wars 7, en un seul jour, en est à 7 millions. 7 millions ! En France, les multiplexes envisagent d’ouvrir plus de salles pour accueillir plus de public. On partait sur deux milliards de dollars de recette au niveau mondial, comme Titanic. Les analystes disent qu’on tapera peut-être même dans les trois milliards, mais on pourrait aussi bien finir à six. Un raz-de-marée au-delà des proportions habituelles se prépare. 

Eviter les spoilers ?

Quand on se demande ce qui incite les fans à acheter leurs billets en avance, il faut garder une chose en tête : une vague immense les y pousse. Le mouvement de foule est irrésistible et lorsqu’on se penche sur le sujet pour en parler un peu sur Vodkaster, on sent la force de traction et elle est très forte. Cette force est résumée en un tweet par @AliciaBastien, par exemple : « Le cinéma proposait déjà de les acheter et vu le monde qu’il va y avoir, on a préféré les prendre dès maintenant ! ». Pareil chez le tristement nommé @VaginaWrecker : « J’y vais pour être sûr de le voir au ciné à la date voulue ! Je m’attends à ce que les grandes salles soient complètes super rapidement. J’y vais le premier samedi de la sortie, le 19, au Gaumont Disney Village, la salle est ouf. Je finis tard le boulot donc j’ai peur de ne pas avoir le temps de le voir mercredi ». @Sarah_Framboise, même topo : « J’ai des amis qui ont pris leur place et qui m’ont proposé d’y aller avec eux. On a vu les deux derniers au ciné, pas les autres, on était trop jeunes ».

D’accord, mais les causes premières, où sont-elles ? Où est l'origine de ce raz-de-marée annoncé ? Est-ce de la pure impatience ? Pas forcément. La première réponse convaincante est apportée par @SeBarrier_Video : s’il s’est dépêché de s’assurer une place à l’une des premières séances, c’est « principalement pour éviter les spoilers ». Du coup, il ira « mercredi, mais pas à la première séance, pour éviter les geeks fanatiques et indisciplinés ;-) ». Ça se tient. Si on apprend dans l'Episode VII que Chewbacca est le père de Han Solo, la Terre entière l’aura twitté douze fois par habitant avant mercredi midi, peut-être même avant la fin des séances de 10h30. Mieux vaut prendre les devants. Par les temps qui courent, les coups de théâtre sont des petites choses fragiles.

La crainte des spoilers ne justifie cependant pas les 30 000 places du Grand Rex en 24h, ni les 7 millions de recettes deux mois avant la sortie. Est-ce que des places ont été achetées par des commerçants qui espèrent les revendre à prix d’or le jour de la sortie, comme avant les matches de foot ou les concerts ? Aux Etats-Unis, c'est déjà le cas, pour l'avant-première du film à Los Angeles le 17 décembre : sur eBay, les enchères démarrent à 1000 dollars... En France, on voit d’ici ces enfultes grimés en Ewoks tenant entre les mains une pancarte « cherche une place », à l’entrée du Grand Rex, vers 2h du matin, dépassés par des C3PO dédaigneux en aluminium, des princesses Leïa trop maquillées, des Han Solo en minishort et des Yoda d’1m90. 

Voir le film deux, trois, quatre fois. C’est ainsi que vivent les sagas

Star Wars sera, qu’on le boycotte ou non, le film le plus vu ; même James Cameron va pouvoir aller se rhabiller. Certains facteurs pourraient éventuellement faire douter poliment, comme par exemple la quantité de concurrents à sortir au mois de janvier 2016, mais honnêtement, on y croit peu. Il suffit de comparer l’attente qui précéda Jurassic World, devenu cet été le troisième plus grand succès de l’histoire, et celle qui précède Star Wars VII... Non, ce n’est même pas comparable. Et quand on leur demande, les fans savent déjà qu’ils retourneront voir le film deux, trois, quatre fois. C’est ainsi que vivent les sagas, les univers, tous les films addictifs finissant au-dessus du milliard de dollars. Il n’y a qu’à voir les réactions des fans devant les bandes-annonces, qui font plus de vues en 3 minutes que n'en ferait une sex tape de Margot Robbie en six mois (20 millions de vues en 24h pour la dernière bande-annonce). Si c’est comme ça avec un assemblage de plans elliptiques de deux minutes, regardé sur un smartphone, qu’est-ce que ce sera avec deux heures et un climax ultra-spectaculaire baigné de John Williams éclatant, sur des écrans de la taille d’un croiseur impérial ?

A compter du 16 décembre, le cinquième film de J.J. Abrams passera 24h/24, 7 jours/7, à peu près partout dans le monde occidental (et même au-delà) ; et pourtant, nombreux sont ceux qui auront cédé, ce 19 octobre, à l’envie d’acheter leur sésame en avance. Alors émettons une nouvelle hypothèse : il faut bien qu’il reste quelque chose de spécial. Il faut bien marquer le coup. Bientôt Star Wars VII sera partout, tout le temps, alors pour en goûter encore un peu la spécificité, il faut être là au début du mouvement.

On fait face ici à quelque chose de religieux, d’ouvertement mythologique. Il n’y a pas aujourd’hui jusqu’à Hunger Games ou Le Labyrinthe qui ne développe sa propre mythologie : Hollywood ne produit plus des films, mais des ensembles dérivés en plusieurs épisodes, plusieurs remakes, plusieurs reboots, etc. C'est précisément le principe des mythes : être réemployés. Star Wars est le premier à s’être ouvertement revendiqué comme ensemble mythologique. En puisant son inspiration chez Joseph Campbell (Le héros aux mille et un visages), George Lucas savait qu’il marchait sur les traces d’Homère et de Tolkien. Si aujourd’hui les fans sont habitués à ce retour des héros, qu’il s’agisse de Harry Potter, de Marvel, ou même de Fast & Furious, il semble que l’engouement suscité par la saga des étoiles dépasse tous les autres, justement parce que celle-ci se revendique ouvertement comme ensemble mythologique. Ce sont les étoiles, ce sont les dieux. Il n’y a qu’à lire l’edito du troisième numéro de Star Wars Insider, magazine consacré à l’univers étendu de Star Wars, pour s’en convaincre : « Nous sommes au XXIe siècle, cela fait presque un millier d’années que l’on raconte ces histoires et le mythe de la Table Ronde n’est toujours pas banalisé. Je prédis le même destin pour Star Wars. Donnons-nous rendez-vous en 2977 ». C’est l’Iliade de la Guerre des Clones, c’est l’Odyssée de Luke Skywalker, et l’on attaque à présent une Enéide, signée par un nouveau venu, J.J. Abrams, jeune Virgile succédant à notre Homère international, George Lucas.

Faut-il rappeler qu’au Royaume-Uni, un sondage indiqua en 2001, deux ans après la sortie de l’Episode I, que la Force était bel et bien la quatrième religion la plus répandue dans le pays, plus que le judaïsme ou le bouddhisme, par exemple ? Les gens qui répondaient étaient-ils sérieux ou non ? Ils devaient bien s’être rendu compte, pour avoir essayé des dizaines de fois, que le fait d’utiliser la Force ne faisait pas venir leur téléphone jusqu’à eux quand ils avaient la flemme de sortir du lit pour aller le chercher. Alors ? Même interrogation que pour ces places réservées à l’avance, même énigme. Est-ce que c’est pour le kif planétaire ? Est-ce juste pour être les premiers ? Est-ce que, pour une raison obscure, les geeks de Star Wars seraient en partie des control freaks qui veulent que tout soit parfait pour leur première fois avec Le Réveil de la Force ? A voir la vitesse à laquelle sont parties les places en IMAX pour les séances de la veille de Noël (et même avant : les 4 premiers jours d'exploitation du films sur les 390 écrans IMAX d'Amérique du Nord ont fait le plein après une petite journée de mise en vente), on aurait tendance à pencher pour l’explication religieuse.

Un budget tournage remboursé en 24 h d'exploitation ?

D’accord mais alors, une religion main dans la main avec le commerce. A voir la table de réservation de starwars.fr, on se sentirait presque l’envie de débourser 5 000 € pour se réserver une salle à soi tout seul, vers la mi-janvier. Honnêtement, mettez-vous dans la peau d’un fan riche (si vous y êtes déjà, tant mieux pour vous) : n’auriez-vous pas envie de maximiser vos chances de ne pas vous retrouver avec une tête de Sith devant l’écran en achetant aussi les deux places de la rangée devant la vôtre ?

Le film aurait coûté dans les 200 millions de dollars (à peu près autant qu’Iron Man 3 ou X-Men : Days of Future Past). Lucasfilm aurait coûté quatre milliards de dollars à Disney. Avec des places déjà vendues sur plusieurs jours dans des centaines de cinéma, il faut s’attendre à ce que le budget du film soit remboursé en moins de 24h… et le coût de Lucasfilm, en un seul film ; laissant les épisodes VIII et IX sortir les mains dans les poches, tranquillou, en 2016 et 2017.

Allons voir de plus près, et posons la question à Carridy, 20 ans. En âge Star Wars, ça fait 4 ans à l’époque de l’Episode I. L’âge auquel on aime Jar-Jar Binks sans se poser de questions... Le septième épisode sera son deuxième au cinéma : « J’ai seulement vu La Menace fantôme lors de sa ressortie en 3D, je ne sais pas si ça compte du coup ». Bien-sûr que ça compte ! Mais alors, la réservation en avance: why ? Warum ? ¿ porqué ? « C’est en grande partie de l’impatience. Je ne me vois pas attendre un jour de plus pour le voir. Le voir avant tout le monde, ce n’est pas vraiment ce qui me motive le plus. Au contraire je préfère le voir en même temps que tout le monde pour pouvoir en discuter ensuite. Pour les films déjà sortis, je réserve ma place dans la journée, voire un jour à l’avance parfois, ça m’évite de perdre du temps à la caisse du cinéma en fait. Quand il y a des préventes pour des blockbusters qui m’intéressent, ça m’arrive de réserver ma place deux ou trois semaines à l’avance, mais ça reste quand même assez rare. Pour Star Wars, c’était impératif, j’attends le film depuis très longtemps ! ». Et si les réservations avaient été ouvertes au mois d’août ? Est-ce que ça aurait changé quelque chose ? « Fin août, je pense que j’aurais pris ma place, ne serait-ce que parce qu'avec une carte de cinéma illimité et l'application faite pour ça, ça se fait en trois clics ».

Avec une carte de cinéma illimité, après tout, on aurait tort de se poser des questions. Mais on lui en pose encore une autre : a-t-il regardé les bandes-annonces ? Cette impatience est-elle innée ou acquise, pour parler comme Obi Wan Kenobi quand il essaie d’impressionner les droïdes ? Est-il le jouet d’un marketing millimétré ? « Pour la plupart des blockbusters, je regarde le moins d’images possible, mais pour Star Wars, je suis beaucoup trop curieux ! En plus, je trouve leur promo vraiment intéressante. Pour Jurassic World, j’ai pris ma place directement au cinéma, et ce n’était pas le jour de la sortie. Pour Le Hobbit, j’avais hâte, surtout pour le 3, mais mon impatience pour Star Wars reste largement au-dessus ! ».

Difficile de détacher l’amour du commerce dans ces cas-là. C’est précisément parce que le marketing Star Wars se nourrit d’une demande sincère qu’il est si efficace, au contraire, mettons, de films plus récents dont le marketing se doit de fabriquer de toutes pièces l’admiration des fans. D’ailleurs, il est toujours un peu déplaisant de parler de marketing dans le cas de Star Wars, de rappeler que chaque ressortie de DVD ou de Blu-Ray de la saga n'obéissait pas à un coup commercial cynique de la part de George Lucas, puisqu’il ne s’agissait jamais que de répondre à une demande. La poule et l’œuf, en somme… Une énigme que George Lucas a clairement résolu en se désolidarisant de sa poule aux œufs d’or moyennant quatre milliards de dollars plutôt minuscules comparés à ce qu’il aurait gagné s’il était resté associé à Disney.

« Pour voir l'Episode II, j’ai découché de l’internat sans prévenir ma mère »

Jonathan a réservé sa place tout de suite aussi. Il a 30 ans. En âge Star Wars, ça donne une naissance deux ans après Le Retour du Jedi, donc une enfance bercée par les VHS dans des années 90 où l’Episode I n’existe pas encore. « C’est la première fois que je vais à une première séance depuis 2005, et c'était pour Star Wars III. Il y a bien eu Harry Potter 8, mais j’accompagnais » nous raconte-t-il. « Pour Star Wars, j’ai réservé pour le mercredi matin à 10h30. Je voulais le voir en VO mais c’était à 11h30. C’est dire mon impatience. Enfin, il y avait la séance 3D à 10h20, mais je ne la vois pas, moi. Et pour 10 minutes ça va aller… ». On se frotte les yeux : l’UGC Ciné-Cité Strasbourg lance trois séances de Star Wars en une heure, le mercredi de la sortie ?! OK... Mais alors, Jonathan : why ? Warum ? ¿ porqué ? « L’impatience surtout. Le truc de groupe ou les sorties déguisées, je m’en fous complètement. Et puis c’est devenu une sorte de rituel. Si je suis parmi les premiers à entrer dans la salle, ce sera aussi pour avoir ma place préférée. Au milieu, au milieu. Au milieu de la rangée du milieu. Star Wars est une vraie passion chez moi. J’ai lu presque tous les romans - dont la plupart sont très passables -, les comics, les encyclopédies. Mon père m’a fait découvrir la première trilogie en VHS quand j’étais jeune et j’ai acheté tous les coffrets depuis celui édité en VHS de l’édition spéciale. C’est un plaisir irrationnel ».

Irrationnel, mais qu’il explique plutôt bien : « C’est la première fois que je réserve autant à l’avance. L'épisode I, je l’ai malheureusement vu à Sainte-Menehould, dans la Marne. Concernant le II, j’ai découché de l’internat sans prévenir ma mère pour y aller. J’ai dormi chez un ami cette nuit-là. Et je me suis fait engueuler après. Pour le III, j’avais prévu d’y aller à la séance de minuit et heureusement j’ai gagné une place avec ma banque. J’avais même pris une photo dans le ciné pour finir mon appareil jetable. Et je précise que je me suis éclipsé d’un anniversaire à Reims vers 23h pour aller le voir au Gaumont Centre Ville ». « Il m’est déjà arrivé d’aller voir un film le premier jour de sa sortie mais jamais le matin même » poursuit Jonathan. « Je l’ai fait pour Inception, par exemple. Et Interstellar. Pour Indiana Jones 4 aussi ; je l’avais oublié, celui-là... Ah et j’étais allé voir Le Hobbit le mercredi après-midi de la sortie. Pour Jurassic World, je travaillais… là j’ai de la chance, je ne travaille pas le mercredi ! ». Et si tu avais travaillé ? « Je pense que j’aurais pris ma journée ». Congé maternité, congé paternité, congé geekité : ils pourraient graver ça sur le fronton des mairies de la république galactique ?

Jonathan veut quelque chose en plus : « Pour Star Wars, j’achetais toujours ma BO quand elle sortait, en généralement 15 jours avant le film. Et je l’écoutais sans regarder le nom des pistes. Cette année, elle sort le même jour ». Et s’il s’agissait de découvrir le dernier John Williams ? John Williams, on ne l’a pas entendu depuis 2013 et La Voleuse de livres, qui n’était pas franchement mémorable. La dernière fois que Williams a composé pour Spielberg, c’était pour Lincoln, pas quelque chose de franchement mémorable non plus, du moins pas musicalement. Le dernier grand John Williams remonte donc à Cheval de guerre et c’était il y a 4 ans ! Alors on se prend à rêver que les fans réservent autant à l’avance parce qu'ils sont impatients de découvrir le dernier John Williams... Jonathan tempère : « Je me demande si l’engouement aurait été le même si le réalisateur avait été un tâcheron de première ». Bon sang, on l’aurait presque oublié ! Le 16 décembre prochain, c’est aussi la sortie du prochain J.J. Abrams, qui n’est pas le dernier des gungans. On peut donc répondre à l’interrogation de Jonathan : l’engouement aurait été monstrueux même si le réalisateur avait été un tâcheron. La preuve : on avait complètement oublié que J.J. Abrams était dans les parages…

« Je n'ai pas regardé de BA. A part la 1ère. Et la 2ème »

Concernant les bandes-annonces, deux écoles d’impatients se dessinent au sein des fans ayant réservé leurs places deux mois à l’avance : ceux qui ont réservé parce qu’ils voulaient assurer la perfection du moment à venir - ceux-là arrivent, paradoxalement, à ne pas regarder les teasers - et ceux qui ont réservé parce qu'ils veulent tout faire, tout vivre, au moment où c’est vivable car ce ne sera plus pareil après. On peut réserver dès le 19 octobre ? Pourquoi attendre le 22 novembre ou, pire, le 15 décembre pour le faire ? L’univers Star Wars aura probablement d’autres goodies à savourer le 22 novembre et le 15 décembre, et alors on aura simplement pris du retard. Réserver sa place dès que c’est possible, c’est simplement une manière de se tenir à jour.

On se tourne encore vers Jonathan : « Je n’ai pas regardé de bandes-annonces. A part la première. Et la deuxième avec Han Solo. C’était plutôt des teasers, en fait... Depuis un an et demi, je ne regarde plus les bandes-annonces des films susceptibles de m’intéresser. A l’époque de l’épisode I, j’avais enregistré le Projection Privée spécial Star Wars sur M6. Je me repassais la bande-annonce en boucle, au point que je connaissais les répliques par cœur ». Ce qui est paradoxal, c’est qu’on remarque assez souvent que les fans de Star Wars n’en font pas nécessairement leurs films préférés. Ils aiment participer à la Grand Messe galactique, se mater les films de temps en temps, mais ils leur en préfèrent d’autres. « Ce sont des films que j’apprécie vraiment mais pas mes préférés. Ils se trouvent dans une catégorie à part » conclut Jonathan.

VO 3D VIP 17/12 00h45

« Je n’ai pas vraiment de saga préférée, c’est juste que j’aime le fantastique et la science-fiction. J’adore aussi Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter, Alien, les Marvel, etc. Enfin Le Hobbit, non merci. Sans façon, même… ». Charlotte a 24 ans. Elle est officiellement la spectatrice de Star Wars qui fera le plus d’envieux sur Terre : le 17 décembre à 00h45 – soit un jour avant la sortie américaine – elle assistera à la première séance au Grand Rex de Star Wars VII en VO 3D (toutes les précédentes étant en VF). C’est la raison pour laquelle elle ne s’est pas jetée sur les séances du 16. C’est la raison pour laquelle elle a réservé tout de suite… le carré VIP du Grand Rex situé sous le balcon ! Cinq places à 50 €, les meilleures du monde. C’est la première fois que le Grand Rex se lance dans les places VIP, comme ça, avec toute la mezzanine privatisée pour 20 places à chaque séance. Périlleux ? Bien-sûr que non : les places VIP, assure Charlotte, sont celles qui sont parties les premières.

« J’ai déjà réservé à l’avance pour d’autres événements. Pour la soirée Retour vers le Futur au Grand Rex, j’ai réservé ma place il y a près d’un an » précise la jeune femme. « Star Wars, c’est important, c’est une saga mythique. J’ai découvert la première trilogie quand j’avais 5 ans, en VHS, grâce à ma mère. Il n’y a que le dernier que j’ai vu au cinéma. Mais j’ai revu les six épisodes au Grand Rex à l’occasion du marathon en octobre 2013, pour les 30 ans du Retour du Jedi. Quand Han Solo est apparu, à la fin de l’Episode IV, il y a eu une standing ovation ».

Star Wars fout des frissons et provoque des standing ovations depuis 1977. A l’époque, le frisson venait d’affiches dessinées trouvées au détour des magazines, et il fallait en parler au café. Aujourd’hui, on se fait frissonner, re-frissonner et sur-frissonner devant les multiples bandes-annonces, les articles, les memes, les gifs et les tweets. Aujourd’hui, pour vivre à la hauteur de ses attentes, il faut être là, tout de suite, maintenant, dès la sortie, et surtout s’en assurer deux mois à l’avance. Dans le fond, tout ça n’a rien de nouveau : ça s’appelle du tantrisme. Regardez la vidéo de Daisy Ridley, l’actrice principale de Star Wars VII, qui découvre l’ultime trailer dans son lit, sur son portable. On la voit glousser, rire, pleurer. Et ça suffit à donner des frissons. Pour n’en manquer aucun, pas de secret : suivre le mouvement ou on risquerait de manquer des petits bouts de kif.

C’est ce qu’explique bien ce cartoon, au sujet du Marvel Cinematic Universe, évoquant ce « momentum » auquel il s’agit de prendre part sous peine de se sentir ostracisé.

Après, on peut aussi faire comme avec Jurassic World et se contenter de ce qu’on a – un bon film de SF à 200 millions – plutôt que de chercher toujours, à grands renforts de frissons commerciaux, une démultiplication monstrueuse du plaisir… Non parce que, le principal, c’est qu’on entende John Williams et que les lettres soient jaunes, non ?

Star Wars, la solution aux problèmes d'Air France ?

Que les fans français n'oublient pas qu'ils risquent de devoir affronter une concurrence inattendue. Il n'y a pas si longtemps, notre pays craignait l'invasion des plombiers polonais, mais personne n'a vu venir celle des geeks américains. Et si chez nous l'image d'Air France n'est pas épargnée, outre-Atlantique, la compagnie aérienne a la Force avec elle. Celle-ci met en place trois packs pour ses clients Américains de San Francisco, New-York et Los Angeles, comprenant le vol aller-retour pour Paris le 15 décembre et une place de cinéma pour Star Wars VII au cinéma EuropaCorp de Tremblay-en-France. Pourquoi ? Parce que Le Réveil de la Force sort en France deux jours avant les Etats-Unis, et que deux jours, quand on est fondu de Star Wars, ça fait 172 800 secondes et c'est intenable. Le coût de ces packs oscille entre 1300 et 5000 dollars. On espère donc que pour ce prix là, les clients auront droit au champagne qui a fait la réputation internationale du multiplexe de Tremblay-en-France.

NB : Au terme de cet article, écrit au départ l’œil critique et le sourcil haussé, l’auteur de ces lignes a fini par réserver sa place pour une séance à 3h du matin de Star Wars VII en VO 3D dans la salle Grand Large du Grand Rex. Pourquoi ? Parce que sinon, il risquait de ne plus y avoir de places… Allez, quoi ! VO 3D… Au Grand Rex, quand même… Bon… On ne sait jamais, des fois que ça ne se produise qu’une fois… On ne sait jamais...

43 commentaires
  • Tanji
    commentaire modéré @Gandalf O si des ST Day one tu vas en avoir tous les deux ans avec Disney et ça risque pas de s'arrêter vu les infos contenues dans cet article (un peu flippant d'ailleurs :)
    22 October 2015 Voir la discussion...
  • Gandalf
    commentaire modéré @Tanji Chuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut.
    22 October 2015 Voir la discussion...
  • Sushi_Overdose
    commentaire modéré Perso je me suis dit "Roh la bande d'empaffés", mais très vite ensuite "Et si je pouvais pas voir le film pendant une semaine ?!!", du coup j'ai pris un billet totalement aléatoire sans savoir si je serai à Paris ce jour là. Et puis, au pire, ça ne change rien à la facturation de mon abonnement.
    Sinon j'avais séché les cours pour voir l'Episode II, et je me suis dit que j'aurais moins perdu mon temps en Physique-Chimie.
    22 October 2015 Voir la discussion...
  • faridabdelli
    commentaire modéré Bravo M Camille Brunel! je découvre votre plume et vos articles, fan de Star Wars depuis ce fameux mois d'octobre 1977, votre papier est complet! spectre large fouillé, un vrai travail de fond sur une trame de passionné!! à ajouter peut-être un article hommage au grand oublié de ces dernières semaines : Georges lucas ;)
    29 October 2015 Voir la discussion...
  • ChrisBeney
    commentaire modéré Avec l'ajout du dernier paragraphe, finalement, on se dit qu'on a bien de la chance de pouvoir réserver sa place sans prendre l'avion ^^
    30 October 2015 Voir la discussion...
  • ChrisBeney
    commentaire modéré Selon le directeur marketing de Disney, 200 000 billets pour Star Wars VII ont déjà été vendus. Avant sa sortie, il comptabilise donc 200 000 entrées, plus que des films en salles comme, au hasard, "En mai fais ce qu'il te plaît" ou "The Lobster" je crois
    13 November 2015 Voir la discussion...
  • Sleeper
    commentaire modéré @ChrisBeney ô tyrannie du box office
    13 November 2015 Voir la discussion...
  • itachi
    commentaire modéré http://img15.hosting...0pierrebellemare.gif
    13 November 2015 Voir la discussion...
  • ChrisBeney
    commentaire modéré Deux MàJ :
    - Air France s'est associé abusivement à Star Wars, qui n'avait rien demandé, surtout pas à ce qu'on utilise son image sans passer d'accord commercial préalable, mais apparemment, les Américains peuvent toujours acheter leurs billets (d'avion et de cinéma)
    - Aux USA, "Star Wars VII" en est à 50 millions de dollars de recettes, grâce aux préventes, ce qui le classe devant "Jupiter : le destin de l'univers", "Sicario" ou "Everest" par exemple.
    23 November 2015 Voir la discussion...
  • CamilleBrunel
    commentaire modéré @faridabdelli merci :)
    1 December 2015 Voir la discussion...
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