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Le Palmarès rêvé de Cannes 1968

Dossier | Par Joseph Boinay, | Le 8 May 2018 à 17h08

Il y a cinquante ans tout juste, dans le sillage de Mai 68, le Festival de Cannes était annulé. Faute de compétition, vingt-huit films repartaient bredouilles, certains dans l'anonymat le plus complet. Pour célébrer le cinquantenaire et rendre leur faste à ces films orphelins, les critiques de Télérama se sont mis dans la peau du jury et établi leur palmarès idéal.

Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez travelling et gros plan ! Vous êtes des cons !

Tout le monde se souvient des mots de Jean-Luc Godard, qui précipitèrent le Festival de Cannes dans les limbes. C'était en mai 68 et la rue s'embrasait, l'idéal révolutionnaire en bandouillière. Adieu Croisette, bonjour pavés. Si la cause était noble et entendue, beaucoup de films, notamment en provenance de l'est (dont deux de Miklós Jancsó !), plus fragiles que d'autres, en pâtirent jusqu'à disparaître : "Télérama rêvait de retrouver les vingt-huit films sélectionnés cette année-là et d’établir ainsi le palmarès officiel du seul Festival de Cannes qui n’en avait pas. Mais, au fur et à mesure des recherches, ils ont constaté une réalité étonnante, voire franchement inquiétante : même les titres qui eurent l’honneur d’être retenus pour la plus grande manifestation cinématographique du monde ont disparu sans laisser de traces…" Pierre Murat 

Nous-mêmes espérions vous faire voter, en partenariat avec quelques plateformes VOD, mais l'offre était famélique... Alors, tout de même, sur la base de vingt films sur les vingt-huit initiaux, la rédaction a voté pour son palmarès de coeur. L'occasion de rendre hommage à Milos Forman, disparu récemment, et de remettre un peu de lumière sur des longs-métrages malheureusement oubliés : 

Le Palmarès rêvé de Télérama : 

Palme d’or

Au feu, les pompiers !, Miloš Forman (Tchécoslovaquie)

Grand Prix

La Fête et les Invités, Jan Nemec (Tchécoslovaquie)

Prix du jury

Kuroneko (The Black Cat), Kaneto Shindo (Japon)

Prix de la mise en scène

Je t’aime, je t’aime, Alain Resnais (France)

Prix du meilleur scénario

Charles Wood pour Un jour parmi tant d’autres, de Peter Collinson (Royaume-Uni)

Prix d’interprétation féminine (ex aequo)

Danielle Darrieux pour Vingt-Quatre Heures de la vie d’une femme, de Dominique Delouche (France) et Julie Christie pour Petulia, de Richard Lester (Etats-Unis)

Prix d’interprétation masculine

José Luis López Vázquez pour Peppermint frappé, de Carlos Saura (Espagne)

Le Festival de Cannes commence dès ce soir avec la Cérémonie d'ouverture et la présentation du film d'ouverture, Everybody Knows d'Asghar Farhadi

24 commentaires
  • jenanaipa
    commentaire modéré @Metaju Mais pas uniquement, non, il s'agit d'art avant tout.
    9 May 2018 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @jenanaipa L'art est politique par essence
    10 May 2018 Voir la discussion...
  • Limdebois
    commentaire modéré @jenanaipa Il y a un jury qui décide. L’opposition systématique entre objectif et subjectif quand il est question de “discuter” des avis, des perceptions, des préférences personnelles, des goûts, des interprétations me paraît déjà foutrement curieuse, mais mêler ça en plus à l’expression « cinématographiquement parlant », j’ai comme l’impression de ne pas parler la même langue. Un jury n’essaie pas de juger des films en fonction de critères supposés objectifs, ils votent et décident selon des critères personnels. Que des considérations politiques s’immiscent dans leur décision, on n’en sait rien et cela a finalement peu d’importance. Ce ne sont pas « les meilleurs » films qui sont primés, ce sont en fonction des prix attribués et de critères qui leur sont propres, les films que les membres du jury ont décidé de primer.

    Quand ta grand-mère te propose de choisir entre une glace à la vanille et une autre au chocolat, elle te demande laquelle tu préfères ou celle qui dans l’absolu, dans la grande vérité des choses, celle qui, objectivement, est indéniablement la meilleure… gastronomiquement parlant ?

    L’art c’est quoi ? C’est dire : « Ça, c’est de l’art ». Rien de plus. Un peu comme l’enfant dit : « C’est moi qui l’ai fait ! ». C’est une simple question de regard sur une création. On peut tout à fait décider par exemple de prendre comme critère (artistiquement parlant) la politique. Ou l’odeur des images, l’accent des intertitres, la sexualité des choses… Objectivement, tout est subjectif dans l’art. Parce que le regard impersonnel n’existe pas. Cinématographiquement parlant, tu fais un travelling dans un film, c’est objectif, factuel ; cinématographiquement parlant, un bon travelling comme un mauvais, rien ni personne ne peut décider de ce que c’est. C’est laissé au regard, à l’appréciation, l’interprétation, ou même à la vision politique de celui qui regarde, et en l’occurrence dans un jury, à celui qui vote. Si on décrète qu’un travelling c’est pas plus d’une minute comme on décide de la longueur maximale des pièces de marqueterie pour un meuble, c’est plus de l’art mais de l’artisanat. On peut bien sûr discuter ces choix, opposer notre interprétation à une autre, et c’est souvent amusant.

    Ça l’est beaucoup moins (amusant) quand on commence à préjuger d’intentions et de visées indignes ou biaisées dans le regard de celui qui est appelé à exprimer, à juger, ce qui par nature est subjectif. Parce que là ça devient dangereux. Peut-être même que là ça devient politique. En remettant en question ce qui par nature est à la fois innocent et parfaitement indolore : le regard. On en vient à dénigrer, nier, la subjectivité de l’autre (son propre regard) en lui imposant la nôtre et en la faisant valoir par rapport à la sienne d’une objectivité supposée connue et acceptée de tous (c’est le sens et l’objectif de prendre d’autres à témoin : « Non mais on est d’accord, objectivement c’est pas bon/digne/beau/, et pis voyons, ce n’est pas de l’art »). Si l’art, c’est dire : « Ça c’est de l’art », celui qui commence à dire : « Ça ce n’est pas (objectivement) de l’art », il cesse d’être spectateur, critique, cinéphile, et il commence à être un petit terroriste de la pensée (on aurait dit autrefois « dictateur de la pensée » mais les expressions comme les prix parfois sont le reflet de leur époque).

    Par exemple là… objectivement, le palmarès de Télérama, il est bon, mauvais… politiquement correct ?… (décerner la palme à un réalisateur qui vient de nous quitter, ce serait pas un peu politiquement correct ?) Ben, non c’est le palmarès de Télérama, point. Le reflet d’une époque et des choix d’un jury (ou qui se rêve l’être).

    Bon, JLG trouve mon travelling un peu long et n’est pas loin de me traiter de c*n, alors je me tais.
    10 May 2018 Voir la discussion...
  • jenanaipa
    commentaire modéré @Limdebois Je n'ai pas connu mes grands -mères, merci donc pour cette délicatesse, par contre, il est clair que cinématographiquement, le film de Moore, n'a guère d'intérêt, juste le plaisir d'enfoncer des portes ouvertes pour caresser dans le sens du poil un jury cannois bêtement épaté par cette démonstration puérile du genre ; "wooo Bush est vilain et bête !", le film n'a été jugé que par ce prisme là, aucun jugement sur le travail artistique en général (costumes, décor, mise en scène, jeu d'acteurs, photo ...), puisque le film en est dénué,pour un jury de cinéma, cela ressemble à une décision aveugle, je suis dubitatif sur la portée cinématographique d'un tel film, qui est déjà oublié, et le sera encore plus au fil des années, une palme donc politique, comme je le dis, et réduite seulement à cela, le cinéma n'ayant jamais été convié, et puis, pour te citer, si c'est être dictateur de la pensée quand on exprime son avis, et bien alors, on l'est tous, toi le premier.
    10 May 2018 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @Limdebois Attention à la confusion fréquente entre jugement de goût et jugement esthétique
    10 May 2018 Voir la discussion...
  • Limdebois
    commentaire modéré @ zephsk La confusion entre jugement de goût et jugement esthétique, elle n’est pas seulement fréquente, elle est logique, voire nécessaire. Le goût peut difficilement s’affranchir de toute considération esthétique, et tout justement esthétique s’affranchira de la même manière assez mal du goût ou des perceptions de celui qui est amené à juger. Ce qui est dangereux, et un peu utopique, c’est de penser qu’il y aurait d’un côté ce que nos sens nous dicteraient de penser, et de l’autre la raison qui nous permettrait, objectivement, grâce à une forme de conscience suprême dénuée de toute individualité, de juger d’une esthétique de l’objet. Parce qu’une fois qu’on a défini un jugement esthétique, puisque par nature ce jugement serait objectif, fiable, on ne pourrait pas le remettre en cause. Et ça c’est une farce. Juger un objet en se débarrassant de tout ce qui nous est propre, c’est illusoire et impossible. Qu’est-ce que dire qu’un travelling fait une minute ? C’est factuel, mais ça ne dit rien en réalité sur l’esthétique de l’objet. On pourrait même trouver à coup sûr différents techniciens nous affirmer que selon eux un même travelling est techniquement une prouesse et un autre dire le contraire. C’est totalement vain de croire qu’on peut ainsi s’affranchir des perceptions individuelles pour établir un jugement esthétique valable et accepté de tous. Délimiter théoriquement les deux, c’est bien joli mais c’est en réalité une gageure impossible à tenir. Les deux se mêlent, et fort heureusement, parce que cette confusion permanente nous oblige à ne jamais céder d’une part à ces dictatures du goût, mais aussi à accepter, par nature, la part hautement subjective, personnelle, lors de la remise d’un palmarès par un jury. Non, le rôle d’un jury n’est pas de déterminer un baromètre esthétique des diverses œuvres qui leur sont présentées, mais bien de juger en fonction de critères personnels. C’est le consensus qui en ressort qui fait tout l’intérêt de ces prix.

    @jenanaipa Non, la dictature de la pensée, c'est suspecter la légitimité de certains à juger en fonction de leurs propres critères. Tu n'exprimes pas un avis sur le film, tu remets en question non seulement la légitimité du jury à voter (sorte de procès d'intention) mais tu sembles même dire qu'aucun documentaire ne devrait participer à une telle compétition puisqu'un tel objet ne répondrait pas aux critères esthétiques que tu aurais toi-même décidé pour un tel exercice (tu les cites entre parenthèses : costumes, décor, mise en scène, jeu d'acteurs, photo...). Pour toi un documentaire "n'est pas de l'art", et comme je le dis plus haut, celui qui affirme ça est un petit terroriste de la pensée.
    10 May 2018 Voir la discussion...
  • jenanaipa
    commentaire modéré @Limdebois Il est clair que pour moi, "envoyé spécial", ce n'est pas de l'art, combiner des images d'archives et les commenter, ce n'est pas de l'art, libre à toi de penser le contraire, on peut avoir une définition différente de l'art sans être des dictateurs de pensée, c'est tout à fait fallacieux comme accusation, et même dangereux, et donc par là, j'exprime un avis sur le film, puisque je le juge médiocre du point de vue artistique (ma fameuse parenthèse que tu cites pourtant ) , et oui, je suspecte le jury de ne pas avoir été honnête envers la "tâche" qui lui a été adjointe, tout cela dans une liberté de pensée qui devrait a priori, ne pas te déranger, je ne comprends donc pas bien ta levée de boucliers.
    10 May 2018 Voir la discussion...
  • Metaju
    commentaire modéré Oh encore ce rejet du documentaire en tant qu'oeuvre d'art, et la mauvaise foi qui l'accompagne... Ça n'en finira donc jamais, holalaholala ?
    10 May 2018 Voir la discussion...
  • jenanaipa
    commentaire modéré @Metaju Ha ha ha
    10 May 2018 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @Limdebois Oh, j'avais raté ta réponse tiens. La question n'est pas de vouloir distinguer entre raison et perception, subjectivité et objectivité. Il ne s'agit jamais d'essayer de se libérer de ce qui nous est propre dans le jugement esthétique, au contraire, il est question de ressentir ce que la singularité de notre félicité a d'universel. Le jugement de goût cherche à valider une satisfaction particulière, corporelle ; le jugement esthétique étreint une idée et entend résonner pour l'éternité.
    C'était ma petite note du dimanche.
    13 May 2018 Voir la discussion...
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